Mercredi passé. Peut-être quelques jours avant ou après. Peut-être même pas cette semaine là. J'ai aucune notion du temps pour ces choses là. On revient de la cafétéria. Une amie est assise dans le hall d'entrée, à notre place. Elle parle au téléphone. Elle raccroche. Elle éclate en sanglot. Une autre amie la prends par le bras et l'amène dehors. Je ne vous expliquerais pas ce qui lui est arrivé. Personne n'est mort, rien d'affreux ou de trop trop grave. Elle était à bout et venait de se remettre d'un dérivé de LA grippe. En fait, elle n'était pas encore totalement remise, elle ne faisait tout simplement plus de fièvre alors elle était venue à l'école. Elle en avait assez manqué comme ça. Mais elle était comment dire... très affaiblie. Et bon, c'était la goutte qui avait fait déborder le vase.
Et là, on est resté planté comme des imbéciles, debout au milieu de la place. Elle était partie, mais on ne savait pas comment réagir ou quoi penser. Personne ne sait comment réagir dans ses moments là. Alors on a parlé. Discussion sérieuse pour des gens vraiment pas sérieux. C'était une première. Mais bizarrement, on n'a pas abordé vraiment le sujet très profondément. Ça ne m'étonne pas de nous. J'ai remarqué qu'à tour de rôle, on a baisser la tête, éviter le regard des autres, sorti une plaisanterie pour changer de sujet, ... On est pas fait pour les vraies discussions. Mais c'est des détails que je suis peut-être la seule à avoir remarqués. Ça me fait comprendre qu'on est tous un peu semblable. Je sais que personne d'entre nous n'arrive à dire vraiment ce qu'il ressent. Je sais qu'aucun d'entre nous n'arrive à s'ouvrir complètement. On apprends des choses par l'intermédiaire d'un ami qui l'a appris d'un ami à qui la personne concerné l'a dit en grand désespoir de cause, parce que là, il fallait que ça sorte pour ne pas exploser. Bizarrement, je crois que tout le monde sait à quelque part que presque toute la gang sait ce qui arrive à chacun d'entre nous. Et encore plus bizarrement, je ne crois pas que quelqu'un soit vraiment mal à l'aise avec ça.
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__________On ne se le dit pas, mais on s'aime.
On est une deuxième famille. On est le genre de famille qui sait tout sur tout le monde, mais qui n'en parlera pas parce qu'on sait tous que ça ne changerait rien. Mais ensemble, on a plus de force. On sait qu'on n'est pas seul. Même si parfois on doute. Un sourire de la part d'un ami, et tu te souviens. Tout le monde est avec toi. Personne ne te laissera tomber. On est le genre de famille qui ne dira jamais qu'on est une famille. On est tous du genre à ne jamais dire "je t'aime". On est tous du genre à regarder la personne pour lui montrer son soutient, parce qu'on en sait pas faire autrement. On est tous incapable de parler. Certain plus que d'autre. Mais on sait tous, sans exception, qu'on va continuer à s'en sortir parce qu'on est ensemble.
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Combien sont au courant pour moi? Je dirais que tout le monde le sait. Pourtant, j'en ai parlé qu'à une seule d'entre eux. Et c'était vraiment parce que j'ai pas eu le choix. Je le sais que vous savez. Ça paraît dans vos visages. Vous savez pas plus mentir que moi, et je vous aime comme ça. Ça paraît dans la façon que vous avez à me regarder quand je suis un peu plus fatiguée ou de moins bonne humeur. Ça paraît dans votre nouvelle habitude de me demander si je vais bien trop souvent. Ça paraît dans l'enthousiasme que vous avez montré dès que je vous est proposé d'écrire LOVE sur vos bras avec mes marqueurs permanents et à la fierté que vous aviez à me montrer que ça ne partait pas, même une semaine plus tard. Ça paraît dans la face que vous avez quand quelqu'un fait une mauvaise blague sur la dépression ou l'automutilation devant moi. Ouais c'est écrit en gros dans vos yeux que vous auriez aimé lui foutre un point dans la gueule avant qu'il ne la sorte sa blague pas drôle. Et vous voir me fait rire, parce que non, ça ne m'affecte pas tant que ça c'est genre de commentaire. Ça paraît juste parce que vous m'avez indirectement montré que vous le saviez. C'est simple comme ça. J'en sais long sur beaucoup d'entre vous aussi, mais je ne sais pas si vous savez que je suis au courant. On ne s'en parlera pas, sauf s'il viendrait un temps de crise comme je les appelle. On ne fonctionne pas comme tout le monde je pense. Mais c'est ce qui fait que, même si ça ne paraît pas, on est tous très proche.
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Je me permets un mot pour les nouveaux...
Il y a toujours des nouveaux. C'est facile, on ne porte pas de jugement sur les gens, on accepte tout le monde. Je ne nous est jamais vu envoyer chier quelqu'un. (Pas sans qu'il nous ait fait chier en premier en tout cas.) Et les gens s'en rendent compte. On est différents dans un certain sens. On a nos problèmes, comme tout le monde. Mais on parle plus fort que tout le monde dans le hall. On rit plus fort aussi. On sourit plus grand et on s'excite pour des niaiseries. Notre niveau de bonne humeur générale dépasse la moyenne mondiale d'au moins 40% je pense. Alors ouais, les gens souvent ne nous approche pas. En fait, les cons ne nous approche pas. Ils doivent le sentir. Ou je ne sais pas. Imagine qu'un connard face chier une seule personne d'entre nous. Mais vraiment chier. Ça lui ferait presqu'une vingtaine de personnes sur son dos. On ne va pas le battre. Moi je ne vais pas le battre. Peut-être que certains d'entre nous seraient assez fâchés pour par exemple. Mais chacun d'entre nous va le détester assez profondément pour qu'il se sente mal juste en croisant notre regard.
C'est probablement parce qu'on passe pour des fous que seulement des gens bien viennent vers nous. Vous voulez des exemples? Concours de cris beaucoup trop fréquent. Mais des cris le plus grave qu'on peut. On fait des cris virils ouais. Sinon, il y a aussi notre super entente avec Epic Phail. Dès qu'on voit une juge de cegep en spectacle qui est assez sympa, on lui court après pour lui faire un câlin de groupe. On la connaît presque pas. Je pense pas qu'aucun d'entre nous lui a déjà parlé plus que deux minutes. Mais elle est sympa. Des sauts de joie trop fréquents pour aucune raison. Des lancés du bracelet d'un bout à l'autre du hall. Nos délires à propos des profs, des concierges, des chauffeurs d'autobus et de tous autres non-étudiants. Les surnoms complètement idiots qu'on donne à tout le monde. Les attaques de paquet de gommes volant. Les concours de flexibilité au milieu de la place. Notre habitude à se mettre en grand rond pour que tout le monde voit tout le monde... (On se fait souvent dire qu'on ressemble à une secte.) Les décadences sexuelles des gars avec l'étui de Lola ma guitare. Le fait qu'on s'assit sur les tables, trois minimum sur un banc pour d'eux, qu'on s'approprie le plancher en s'assoyant dessus quand il manque de table et de banc. Ou le fait qu'involontairement, ça finit toujours qu'on se promène en rang deux par deux, comme au primaire. Je pourrais continuer longtemps... Je connais quelqu'un qui m'a avoué entrer le moins souvent possible par le Hall, parce qu'on était trop... Je sais pas. Mais elle aimait pas ça nous voir en petit groupe là. Bref, avec tout ça, on s'assure de tenir très loin tout les gens qui ont les préjugées faciles. C'est inconscient je crois. Mais on déteste c'est gens là, et eux ne nous aime pas non plus. Alors ceux qui viennent nous voir, c'est souvent des gens fous comme fous. Sinon, on s'arrange pour qu'ils le deviennent assez rapidement. Et les gens nous adoptent facilement. Une personne vient nous parler une fois et la semaine d'après, elle est amie avec tout le monde. Ça fait toujours ça. Des fois, elle repart un peu plus tard, mais souvent elle reste. Et dans tous les cas, on continue de la considérer comme une amie. Certains viennent, certains partent, mais jamais personne n'est oublié.
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Alors les nouveaux, vous ne savez rien encore. Mais je sais que, pour ceux qui resteront assez longtemps, vous aller en apprendre sur nous. Vous n'y comprendrez rien. C'est normal. Il n'y a rien de logique dans la façon dont on vie. Vous aller avoir des mégas surprises en apprenant à nous connaître. Vous aller apprendre des choses que vous n'auriez même pas pu imaginer. Et là, vous allez jouer le jeu comme nous. C'est tout ce qu'on peut faire. Même si vous pensez autrement, c'est tout ce qu'on va faire. On va continuer à déconner comme pas possible. On va continuer à rire autant. Et là, après un long moment, vous aller peut-être comprendre ce qui nous uni. C'est pas nos problèmes, c'est pas nos ressemblances ou nos différences. C'est simplement le besoin d'être ensemble. Le besoin de retrouver ceux qui nous feront sourire. Le besoin de rire encore et encore pour retrouver la force. La force de faire face à nos problèmes que chacun d'entre nous doit affronter. Le besoin d'être ensemble pour avoir des bons moments et des bons souvenirs auxquels se raccrocher quand ça ne va pas. C'est ça qui nous uni. C'est cette envie d'être heureux. Le besoin d'être heureux même, d'être avec d'autres gens qui te contamine par leur bonne humeur, le besoin de rire à ne plus pouvoir respirer. C'est la recherche du bonheur. __________________________________________|______
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______Bizarrement, là je suis super fière de mes amis fous.♦___♦___♦___♦___♦___♦______
" Je ne comprends pas.
Me semble, qu'à moins que quelqu'un
ne meure, on n'a pas vraiment
de raison de pleurer. "
Tu sais, je voudrais tellement que tu aies raison. Ça me fait sourire que tu dises ça, mais ça me fait moins sourire que tu aies tort. Penses-y vraiment. Je t'aurais dit "T'es un gars, tu peux pas comprendre.", mais c'est pas tant vrai. Tu peux comprendre. Réfléchis comme il faut. Je t'ai déjà vu pleurer alors que personne n'était mort. Alors maintenant, t'essaies de te souvenir pourquoi t'avais pleurer. Moi je le sais. Tu t'en souviendras aussi. C'était pas si grave non plus. Juste un changement dans nos vies qu'on aurait voulu repousser pour toujours. Mais le temps, il fait exprès de nous rattraper pour nous faire pleurer. C'est sa seule occupation. Alors bon, maintenant que tu t'en souviens, tu penses à tout ce qui pourrait être pire. Réfléchis bien comme il faut. T'as peut-être pas encore connu assez d'expérience difficile pour tout savoir, mais je pense que t'es capable d'imaginer. Et maintenant, tu rajoutes des sentiments. Chose que je sais très bien que tu nies trop souvent. Pour nous, il y a rire et rire dans la vie. Et rien d'autre. Mais prend une seconde pour comprendre comment tu te sens vraiment. C'est impossible que ce soit parfait à tous les jours. Pense simplement à cette semaine. Je suis certaine que tu trouves minimum trois jours où à un moment, peut-être seulement quelques minutes, tu t'es senti mal. Et bien ce sentiment là, il faut que tu t'en souviennes. Pas que je veux que tu te sentes toujours mal, au contraire. Mais je veux que tu puisses comprendre. Alors peut-être que tu te rendras compte que certaine de tes conneries font du mal parfois. Je sais que c'est pas ce que tu veux, mais en ne comprenant rien, tu fais du mal. Réfléchis. Réfléchis longtemps. Et quand tu sauras toutes les raisons qui pourraient te faire pleurer autre que "la mort de ton père", alors tu commenceras à comprendre.
Parce que les gens qui ont la vie aussi belle ou la force de retenir toutes leur larmes, c'est rare. Très rare. En fait, ça n'existe pas. Tu me diras bien "On n'est pas des enfants pour pleurer pour rien." Je te répondrai simplement qu'on ne pleure jamais pour rien et j'attendrai le temps qu'il faudra pour que tu comprennes. J'attendrai confiante, parce que je sais qu'un jour tu comprendras. T'arrives toujours à comprendre ce qui est important. Ça prend des années parfois, mais tu y arrives.